Ma sœur jumelle et moi écoutions déjà de la
musique alors que nous étions dans le ventre maternel. Et déjà là, les
expériences créatives de notre père saxophoniste formaient nos rapports envers
la musique. Après avoir vu le jour, on nous a appris à formuler nos sentiments
par des mots et nous avons commencé à donner vie à nos plans.
Un vieux meuble,
mais suffisamment grand, a constitué notre première scène, nos premières
planches devrais-je dire. Toutes les grands-mères de l'appartement communautaire
furent nos premières auditrices et fans. Elles nous applaudissaient
chaleureusement, tout en parlant de leur santé et de leur problèmes. Mais cela
nous était égal et nous leur étions reconnaissantes et continuions à déclamer
des vers de Shevchenko, à chanter des chansons populaires et à faire tout ce
qui était possible de faire. Mais un jour, notre carrière sur scène s'est
littéralement effondrée. La partie supérieure du meuble (vous ne pensiez tout
de même pas que nous nous produisions en spectacle sur l'étagère du milieu) n'a
pas résisté à nos kilos de créativité et dans un fracas énorme, notre carrière
a pris fin, sur cette scène…
Afin de ne plus
casser de meubles, notre mère nous a inscrites à un cours de gymnastique. Mais
la Providence a conduit une professeur de musique dans notre salle de sport et
elle m'a proposé d'apprendre à jouer… du VIOLON.
Dans mon
imagination, j'avais déjà eu en mains cet instrument dont je rêvais tant, ma
joue s'appuyant contre son bois noble, des effluves de colophane titillant mon
odorat et mes doigts glissant sur les cordes rugueuses… Mais lorsque j'ai
ouvert les yeux, je me trouvais en cours de piano, alors que de l'autre côté du
mur retentissait le terrible crissement d'un archet sur les cordes d'un violon produit
par… ma sœur. Des larmes glissèrent sur mes joues et mes doigts effleuraient
les touches sans m'obéir.
Mais, comme on dit,
l'appétit vient en mangeant, et très vite j'ai commencé à recevoir de la
satisfaction en produisant avec cet instrument des notes extraordinaires qui
s'harmonisaient pour former des mélodies. L'école de musique et bientôt le
conservatoire me donnaient la possibilité non seulement d'interpréter les
morceaux des grands musiciens classiques du passé, mais aussi d'exprimer mes
sentiments intérieurs. Je devenais musicienne.
Le destin me
conduisit vers des personnes partageant les même idées que moi, qui m'ont
aidées à exprimer mes émotions en pratiquant divers styles musicaux
(auparavant, je me limitais à la musique classique). C'est ainsi qu'est né
"AtmAsfera", avec ma sœur adorée qui joue désormais de la flûte (mais
ça, c'est une autre histoire qu'elle vous racontera elle-même), Andriy (c'est
plus simple de compter les instruments dont il ne joue pas) et Igor le
bassiste.
Naître n'est rien,
encore faut-il grandir, et pour cela nous avons besoin de maîtres…